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french Ils étaient sous l’ère de la représentation. Le monde était apollinien depuis l’origine de l’ère. La pensée avait été remplacée par l’information et l’environnement était parfaitement organisé. Chaque conception paraissait guidée par une idéologie où chaque chose avait sa fonction et vice versa. Dans chaque lieu, les étudiants respectueux occupaient leurs rôles. L’urbanité, la politesse et les valeurs étaient depuis bien longtemps jugées selon une balance spirituelle qui servait de référentiel pour tout bon jugement, éliminant au cours de son évolution les autres systèmes de pensées. L’histoire était finie pour certains pessimistes. La direction était unique et le système la suivait fièrement. Le général avait écrasé la situation, montrant son incapacité à unifier dans l’ordre (ce qui est d’ailleurs son contraire). Le monde avançait naïvement selon sa représentation qu’il avait de la réalité, sa réalité. Ce qui ne correspondait pas n’était pas entendu. Les habitants croyaient sans regarder, et ne voyaient même pas ce en quoi ils contribuaient. Il y avait un groupe d’étudiants que l’on jugeait de mentalement divergents, qui vivaient et que l’on traitait de cyniques. Leur sensibilité étaient extraordinaire. Ils se faisaient appeler les autonomes. Ils étaient conscients de leur histoire et agissaient face à l’incompréhension de leurs professeurs. Leur vie était, dure pour les autres, vie pour eux. Ils voyaient tragiquement en tout acte la signification idéologique. Le lien entre l’acte, la pensée, le corps, les envies et l’image était pour eux une évidence. Ils questionnaient alors toutes leurs conceptions au lieu de reproduire. Ce qui leur paraissaient des actes naturels étaient extraordinaires pour les autres. Leurs idées n’étant pas beaucoup appréciées, ils se retrouvaient souvent inaptes à créer et à vivre. Leurs frustrations étaient telles que certains devenaient violents et suicidaires, d’autres se résignaient abandonnant leurs amis au profit de la pensée majoritaire. Certains étaient nostalgiques ou, à force d’être tristes, ils se mirent à réfléchir, à voir et à comprendre leurs différences. Ils se rendirent compte que la réalité était telle qu’elle était perçue. La représentation donnait une existence aux choses. Alors si cette représentation était tant puissante qu’elle crée la réalité vécue, ils se dirent qu’ils pourraient vivre leur représentation. Ils pouvaient imaginer leurs idéaux et les faire exister. Leur foi en leurs idéaux leur permettrait de pouvoir réaliser la réalité. La révolution était accomplie. Ils s’étaient rendus compte du spectacle de l’existence. Leur autonomie qui était à la base de leur rejet les rendait libres. Comme en “mantra”, ils s’élevaient au delà des filtres culturels et voyaient enfin la réalité. Tout avait une raison d’être (ils se laissaient aller dans leur film). La notion de valeur n’avait plus d’importance. Dans leurs rêves, ils eurent une apparition. Ils voyaient un volume s’étendre dans le ciel au dessus du paysage jusqu’à l’horizon. C’était une architecture réduite au minimum de poutres et de colonnes, une potentialité infinie. La règle n’existait plus. Cette architecture minimum était le dessin de l’ombre nécessaire pour faire apparaître la lumière sur une feuille de papier. Ils voyaient leur liberté. La flemme ne pouvait pas arrêter leur prétention. C’était leur architecture. Cette structure qu’ils imaginaient n’imposait pas sa vision du futur, elle permettait. Les différentes formes de vie étaient alors possibles. Les utilisateurs étaient acteurs et ne subissaient plus un système imposé. L’architecture était un support à la vie, une structure, un groupe de verticales et d’horizontales. Ce n’était pas une architecture qui répondait à une activité déterminée et imposait un cadre dans lequel la future vie devait vivre, excluant toutes les autres possibilités. L’architecture n’était plus une limite, une règle, une interdiction de faire ce qui n’a pas été prévu. Ils la voyaient réduite à son minimum au dessus du paysage exprimant fièrement sa potentialité et les possibilités qu’elle permettait. Elle s’offrait à qui la voyait et la prenait. Les situations étaient multiples. Des étudiants faisaient des maquettes pieds nus devant leur terrasse, écoutant de la musique, le soleil tapant. Les gens vivaient. Deux étudiants jouaient avec une balle, ils souriaient. L’écriture de l’architecture (le détail) ne signifiait plus le code des limites mais donnait libre cours à la création. Les habitants étaient comme des sauvages qui s’appropriaient ce qui leur était offert. La définition de l’architecture s’était arrêter après la structure. Les possibilités d’aménagement était laissées ouvertes. La foi des habitants était telle qu’ils existaient complètement avec le bâtiment. La notion de pouvoir n’avait plus qu’une seule signification: celle de pouvoir faire quelque chose. Et ce pouvoir était immense. C’était le pouvoir de l’architecture, énorme mais sans importance. Les étudiants vivaient. Cette puissance étaient le résultat de l’équilibre entre leurs envies et leur représentation, entre leurs réalités et leur image, entre leurs folies et leur apparence, entre Dyonisos (dieu de la réalité) et Apollon (dieu de la représentation). Leurs dualités étaient bénéfiques. Cette liberté était invisible dans toutes les architectures actuelles, frustrées de s’être privé de ce plaisir facile. Elles avaient rejeté cette possibilité de vie, depuis bien longtemps, au début de leur ère, juste avant l’apparition des croyances monothéistes. Les adorateurs d’Apollon avaient sacrifié les dyonisiaques, mettant un terme au temps de Delphes, où l’équilibre de la tragédie grecque entre Apollon et Dyonisos permettait une vie heureuse. Les adorateurs d’Apollon s’étaient immiscés dans les pouvoirs politiques et avaient orienté l’idéologie vers les représentations d’Apollon. Le monde entra sous le règne d’Apollon à ce moment. C’était dans le désert, Apollon, fatigué, se reposait à l’ombre d’une caverne. Il pensait à sa fin, qu’il allait falloir passer la balance de la valeur. Un homme préoccupé par la valeur du bien et du mal s’approcha et le déchargea de sa balance. C’était Jésus Christ. Il s’en alla ensuite avec sa chimère et sa nouvelle religion. Le monde entra alors, entre le bien et le mal, entre Apollon qu’il avait choisi pour bien et Dyonisos pour mal, dans un antagonisme insoluble, où il n’y avait pas plus de conciliation possible. Puis la montée de l’occident, les croisades, les lumières, la démocratie et le capitalisme, Le courant se renforca se mutant de système en système pour terminer par la société du spectacle où l’image définie par le bien faisait la réalité. Les concepts : fonction, sécurité, propriété, régalurité formaient une image qui séparaient les hommes de la réalité. Les hommes emprisonnés dans leurs croyances fonctionnelles ne se rendaient pas compte du pouvoir de vivre la réalité. Les autonomes voyaient la structure infinie, cette manière différente d’appréhender le monde, cette architecture véhicule de cette idéologie, s’étendre à la verticale au dessus des édifices limités par leur périmètre de propriété horizontale. Leur pensée reprenait ses droits. La grille était partout, inarrêtable, vivante. Des fonctionnels résignés adhéraient à la nouvelle pensée, ils se libéraient de leurs frustrations et exprimaient leurs pulsions. Leurs pulsions n’étaient alors plus pulsions et contribuaient à leur existence. Les autonomes qui voyaient réellement la grille dans leurs rêves se rendaient compte de la folie qui apparaissait. Les responsables de leurs rejets quittaient leur masque d’Apollon et se libéraient à la vraie vie. La grille s’érigea à la place de leur école. Le bâtiment se formait et se déformait sans arrêt. Comme la pensée infinie, la grille n’avait pas de forme finale. Cette notion n’avait plus aucune valeur. La grille avait une forme à un certain moment. On pouvait en faire une prise de vue. Le monde allait tellement vite qu’il était absurde de vouloir la terminer dans la lenteur de l’architecture traditionnelle. Le système avait changé. Le temps n’était plus. Les hommes appréciaient enfin le moment présent. Au lieu de toujours vouloir suivre leurs plans et de ne pas jouir de leur réalité. Ils percevaient de leurs cinq sens complètement le réel, leur situation, leurs privilèges, leur architecture.
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